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Serge Alexandre Stavisky fut à l’origine d’un des nombreux scandales ayant affecté la Troisième République radicale qui conduisit aux émeutes du 6 février 1934... puis à la création du mythe "Du coup d'état contre la République" par la Gauche fortement compromise dans ce scandale.

L’anti-parlementarisme et l’aversion contre la Franc-maçonnerie en sortiront renforcés.

Un montage presque parfait

Le système d’Alexandre Stavisky est très simple. Il s’agit de s’enrichir sur le dos du Crédit Municipal en émettant des bons à intérêt gagés partiellement sur la valeur des dépôts.

Grâce à la complicité du député-maire de Bayonne, Dominica-Joseph Garat (inscrit au groupe républicain radical et radical-socialiste jusqu’en 1936), Stavisky a fait émettre à Bayonne des bons de caisse pour une valeur de 235 millions de francs. Or, ces bons ne sont réellement couverts qu’à hauteur de 20 millions de francs en bijoux et autres valeurs, le reste sur de faux bijoux ou volés, voire pires sur des dépôts inexistants.

Ce scandale financier fut découvert en 1933 suite à un contrôle du ministère des finances. L’arrestation du directeur du Crédit Municipal de Bayonne, Gustave Tissier, le 23 décembre, 1933 fait éclater l’affaire. Ce dernier a mis en circulation les 235 millions de faux billets. Très vite, on découvre qu’il n’est que l’exécutant et qu’il agit sur ordre du fondateur du Crédit Municipal, Serge Alexandre Stavisky, dit le beau Sacha.

La police connaît ce dernier comme un financier douteux, alors que tout Paris sait que c’est un escroc de haut vol par ailleurs richissime et mondain que l’on croise au bras d’une reprise de justice et ancienne mannequin sa femme Arlette.

L'enquête faite pas la section financière du Parquet de Paris qui suivit montra de nombreuses compromissions avec la Police, la presse, la justice et les parlementaires.

Le député Gaston Bonnaure (Inscrit au groupe Radical-socialiste), le sénateur René Renoult (Inscrit au groupe Radical et huit fois ministre dans des gouvernements de Gauche), le ministre des Colonies en titre et ancien ministre de la Justice Albert Dalimier (du parti Radical et membre de la loge maçonnique "Les Philanthropes réunis"), les directeurs de journaux Albert Dubarry (républicain - « radical faisandé » selon les propos de Louise Weiss et malheureux à différentes élections dans les Alpes-maritimes) et Camille Aymard (directeur du grand journal politique du soir La Liberté jusqu’en avril 1933) ont largement profité de ses largesses en échange de leur appui.

De plus, le procureur général Pressard, beau-frère du président du Conseil radical-socialiste, Camille Chautemps, avait fait en sorte que Stavisky vît son procès reporté dix-neuf fois.

L’affaire dans l’affaire

Une autre affaire vient s’ajouter : Le 20 février 1934, le magistrat Albert Prince, chef de la section financière du Parquet de Paris qui instruit l’affaire, est retrouvé mort sur la voie ferrée reliant Paris à Dijon, au kilomètre 311. Il devait rendre visite à sa mère résidant à Dijon, mais avait été aperçu par des témoins, dans cette même ville, le 19 février, se débattant dans un véhicule automobile entre deux hommes. Il devait remettre au Garde des Sceaux, Henri Chéron (1867-1936), fin février, début mars, un rapport sur les premiers éléments de l'enquête Stavisky. On retrouvera à côté de son corps sa mallette ouverte et vide.

L’enquête est confiée à l'inspecteur Pierre Bonny, connu pour ces sympathies Radicale et fraîchement réintégré après une affaire de corruption, et désormais qualifié de "meilleur policier de France" par le Garde des Sceaux. Il met rapidement en cause trois truands marseillais, Paul Venture Carbonne, François Lydro Spirito etGaëtan De Lussatz, dit "le Baron", incarcérés le 29 mars 1934, puis bénéficiaires d'un non-lieu un mois plus tard.

Le dossier d'instruction sera classé en janvier 1937 et l'affaire Prince restera à jamais inexpliquée.

Entre temps, le Garde des Sceaux Chéron a démissionné sous la pression de la rue, le 14 octobre 1934 (source : site du sénat). Il meurt le 14 avril 1936.

L'inspecteur Bonny est, quant à lui, finalement révoqué de la Police, le 10 janvier 1935, puis condamné pour corruption, le 30 octobre 1935, à Paris. En 1940, il rejoint la Collaboration parisienne et fonde la célèbre bande Bonny-Laffond du 93 rue Lauriston chargée de faire la chasse aux juifs et aux résistants. Un an plus tard, Paul Venture Carbonne et François Lydro Spirito rejoignent de leur côté la Collaboration marseillaise au côté de Simon Sabiani (Député Gauche indépendante de Marseille ayant suivit Jacques Doriot au PPF).

Exécuté en 1944, Bonny aurait déclaré à son fils qu'il était l'auteur de l'assassinat d'Albert Prince, "pour défendre la République" (source: "Mon père l'inspecteur Bonny", par Jacques Bonny, éd. Robert Laffont, 1975).

Le suicide étrange de Stavisky

Sentant l’étau se refermer, Stavisky s’enfuit vers la Suisse. La police le localise dans un chalet près de Chamonix, le 2 janvier 1934. Mais ce n’est que le 8 janvier qu’elle se décide à encercler le chalet. Alors qu’ils entourent la bâtisse les policiers entendent une série de coups de feu. Lorsqu’ils y pénètrent, ils découvrent Stavisky gisant au pied de son lit, frappé d’une balle dans la tête et perdant son sang. Il décèdera quelques heures plus tard. Le lendemain, la presse (de droite comme de gauche) est unanime pour accuser la police d’avoir suicidé Stavisky ! Il fallait absolument l’empêcher de parler, pour protéger ses complices politiques.

Sur cette affaire, le Canard Enchaîné va titrer : « On a suicidé Stavisky ». Comme le rapport de police indiquait qu’il avait été tué par une balle tirée à trois mètres, d’autres journaux satiriques vont écrire : « Voilà ce qui arrive quand on a le bras long ! » Sachant que la gauche connaissait le passé douteux de Stavisky, la droite va se déchaîner contre le gouvernement et le régime parlementaire.

Ca donnera la journée du 6 février 1934 et celle du 12 organisée par les communistes où l'appel à la grève générale a été lancé !

... et aussi le mythe du coup d'état contre la République qui fera l'objet du prochain article

A lire sur le même thème:

  Titre Dossier : Le mythe du 6 février 1934 (1/2)
  Résumé Retrouver la première partie de l'important dossier traitant de la création du mythe du 6 février 1934 : De l'affaire Stavisky à la préparation de la manifestation. 
  Lien http://histoirerevisitee.over-blog.com/dossier-le-mythe-du-6-fevrier-1934-1-2.html
     

 

 

  Titre L'agitation qui a précédée le 6 février 1934
  Résumé Le plus grand mouvement de contestation depuis la Commune de Paris que fut le 6 février 1934 a été précédé par un mois d’agitation de plus en plus violente. Ce mouvement de contestation qui a précédé le 6 février fut largement organisé par la Droite;...
  Lien http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/11/l-agitation-qui-a-précédé-le-6-février-1934.html

 

 

  Titre Le renvoi du préfet Chiappe le 3 février 1934
  Résumé Le renvoi du préfet Jean Chiappe, le 3 février 1934, fut l'erreur de trop de la Gauche au pouvoir qui contribua à mettre le peuple de Paris dans la rue le 6 février. Un des premiers gestes du nouveau président du Conseil, Edouard Daladier, fut de renvoyer, le 3 février 1934, Jean Chiappe, qui était titulaire du poste depuis sept ans et avait tendance à se considérer comme inamovible.
  Lien http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/11/le-renvoi-du-préfet-chiappe-le-3-février-1934.html
Tag(s) : #6 février 1934, #République franc-maçonne

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