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Emile Combe - Radical socialiste - Dit "Le petit père Combe"

Emile Combe - Radical socialiste - Dit "Le petit père Combe"

Le système des fiches, initié sous Pierre Marie René Waldeck-Rousseau (1846 – 1904), étendu sous le radical Emile Combe (1835 – 1912), était une « tentative de dictature républicaine » comme l’écrira le biographe de ce dernier.

Cette discrimination administrative pour délit d'opinion faite au sein de la fonction publique, de l'enseignement et de l'armée aura des conséquences graves : 184 Généraux médiocres et incapables ayant bénéficié du système des fiches seront limogés par le généralissime Joffre dès les premiers mois de la grande Guerre. il faut dire qu'en deux mois de combat, les allemands étaient arrivés aux portes de Paris!

Le fichage des Français continuera discrètement après ce scandale et refera surface sous le Front populaire avec un certain Bousquet (Lire l'article : Les débuts de René Bousquet... son amitié avec Miterand).

Le grand orient de France à la manœuvre

Le général Louis André (1838 – 1913), directeur de l’école Polytechnique de 1893 à 1896, fut nommé ministre de la guerre du gouvernement Waldeck-Rousseau en 1900. Il sera reconduit dans le gouvernement Combe en 1902.

Fervent républicain et libre penseur, estimant que les deux tiers des officiers se valent, il jugea légitime de favoriser ceux qui partageaient ses opinions dès son arrivée au ministère de la guerre et de préparer une épuration.

A partir de 1901, il mit sur pied, avec le concours du Grand Orient de France, une organisation permettant de connaître les opinions de tous ses officiers.

Léon Gambetta disposait déjà dès 1876 de nombreux relais chez les officiers lui permettant de tenir un état des opinions politiques au cas où une épuration s’avèrerait nécessaire après la prise de pouvoir de la gauche républicaine. De son côté, le Grand Orient de France avait créé en 1894 un secrétariat chargé de collecter des renseignements sur les militaires voulant être candidat à l’Initiation.

En secret, ce secrétariat étendit son champ d’investigation et se mit au service du ministre. Dans chaque ville de garnison, les loges enquêtent ; les fiches remontent vers le secrétaire du grand maître, le citoyen Vadecart, qui les transmet au capitaine Mollin.

Sur 27 000 officiers, 20 000 seront fichés par le Grand Orient de France. Sur 2626 fiches étudiées par l’historien François Vindé, 210 signalent les éléments à promouvoir, les autres sont celles d’individus douteux ! Les officiers à écarter sont classés au ministère de la guerre dans le dossier « Carthage » (allusion à Caton l’ancien qui rêvait de la détruire) ; ceux à promouvoir dans le dossier « Corinthe » (le proverbe latin dit qu’il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe).

Le scandale dévoilé

Ce système ultra-confidentiel a été dévoilé à l’automne 1904 grâce à Jean-Baptiste Bidegain. Pris de remords et voulant quitter la maçonnerie, le secrétaire adjoint du Grand Orient de France remit au député de droite Jean Guyot de Villeneuve une partie des fiches. Le 28 octobre 1904, ce dernier fait une intervention à la chambre des députés ; dès le matin des fiches avaient été publiées dans les quotidiens Le Figaro et L’écho de Paris.

Tous les acteurs se défaussent Emile Combe sauve son ministère par quatre voix de majorité. Le 4 novembre, Jean Guyot de Villeneuve revient à la charge. Les débats montreront que, dès le 30 novembre 1902, Waldeck-Rousseau avait averti Emile Combe d’un système de fiches mis en place pendant sa présidence en affirmant qu’il fallait républicaniser « à tout prix » l’armée. Emile Combe avait donc menti le 28 octobre. Il sauve son ministère de deux voix. Le général Louis André démissionne le 15 novembre de son poste de ministre de la guerre.

Le système des fiches n’est pas pour autant abandonné : on continue à ficher les opinions politiques et religieux des officiers ! Les services de la Grande Loge de France sont remerciés ; les préfets et la police sont chargés de cette besogne. Les successeurs d’Emile Combe, membres de gouvernement radicaux, continueront de tenir compte des fiches pour l’avancement.

En 1912, Alexandre Millerand, ministre de la guerre du premier gouvernement Raymond Poincaré, supprimera officiellement cette procédure.

Malgré le scandale le fichage continue de plus belle !

Emile Combe n’en resta pas là. Le 18 novembre, deux jours après la démission de son ministre de la guerre, il envoie aux préfets une circulaire leur enjoignant de ficher les candidats à la fonction publique. L’état d’esprit et les opinions des futurs fonctionnaires son collectés par les élus du bloc républicain et les notables favorables à la gauche.

Le 9 décembre 1904, cette délation dans la fonction publique fit débat devant la chambre. Alexandre Millerand demande à la chambre de « libérer ce pays de la domination la plus abjecte et la plus répugnante que jamais gouvernement ait entrepris de faire peser sur l’honneur et les intérêts des citoyens ».

Le 18 janvier 1905, Emile Combe démissionna faute de soutien à la Chambre. Son biographe reconnu que le système des fiches était « la tentation de la dictature républicaine ».

Ce système fut remis à l’honneur sous le gouvernement de Léon Blum en 1936. Le sous-chef de bureau au cabinet du directeur de la sûreté nationale était chargé de superviser les fiches, collectées dans différentes administrations, de cinq millions de Français et de deux millions d’étrangers classés « suspects » ou « indésirables ». Ce haut fonctionnaire s’appelait René Bousquet !

Entre le 2 août et le 31 décembre 1914, Joseph Joffre devra limoger pour incompétence 180 des 425 généraux français, soit 42%. En deux mois de guerre, les Allemands étaient arrivés à Vitry le François, Beauvais et aux portes de Paris. Le système des fiches et la discrimination positive allaient conduirent au même désastre que celui de la guerre de 1870 !

Souvenons nous des millions de paysans morts pour notre liberté.

Bibliographie :

Jean Sévillia – Quand les catholiques étaient hors la loi – Perrin – Collection Tempus - 2006 - 10€

François Vindé – L’affaire des fiches, 1900 – 1904, chronique d’un scandale – Editions universitaires – 1989

Tag(s) : #La troisième République

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