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Nos ancêtres les Gaulois étaient-ils des barbares comme l’affirme César ?

Un secteur agricole florissant qui dégage d'importants surplus alimentaires, un artisanat aux techniques élaborées, des architectes et des aménageurs urbains confirmés : c'est ainsi qu'on pourrait caractériser nos ancêtres les gaulois avant la colonnisation romaine.

Le terme de Gaulois est le nom donné  par Jules César pour désigner les peuples celtes vivant en Gaule, territoire recouvrant approximativement le France actuelle et la Belgique. Suite à la création de la Narbonnaise par les romains (en 118 av. J.- C.), la Gaule fut culturellement scindée en deux : la Gaule en Toge et la Gaule chevelue. Cette dernière ne passera sous domination romaine que 66 ans après.

Les clichés de la IIIe république et des aventures d’Astérix le Gaulois ne sont vraiment pas flatteurs pour nos ancêtres les Celtes : mangeurs de sangliers, gros buveurs de vins et de cervoises, bagarreurs et très indisciplinés, rustiques et arriérés, vivant de la chasse et de la cueillette dans de pauvres cabanes en lisière d’immenses forêts, etc.

Les recherches archéologiques, faites depuis une trentaine d’années, permettent de renouveler l’image des Gaulois (et des Celtes en général) et de leur vie avant la conquête romaine des années 50 av. J.-C. et de tempérer les propos de Jules César qui ont longtemps été la principale source historique pour qualifier les Gaulois.

La vision qu’on en a de nos jours est plus flatteuse et montre que la civilisation celtique n’avait pas grand-chose à envier à la culture des romains !

Un secteur agricole florissant et dégageant d’énormes surplus alimentaires

A partir du second siècle av. J.-C. la Gaule se couvre d’établissements ruraux ceints d’un enclos : ce sont les premières fermes. Gros établissements aux mains de l’aristocratie ou fermes familiales, elles pratiquent une polyculture intensive dans des proportions que l’Europe n’avait encore jamais connues. Cela permit aux Celtes d’exporter vers le midi de gigantesques surplus alimentaires.

On le doit à deux innovations majeures que seuls les Celtes maîtrisaient : de nouvelles méthodes agraires et la technologie du fer.

Les Celtes révolutionnèrent très tôt les techniques agricoles : ils eurent l’idée d’amender et de fumer les sols pauvres. En aménageant leur territoire avec un parcellaire très élaboré (on parle de « Champs celtiques »), ils pratiquèrent une polyculture intensive qu’ils couplèrent avec une autre de leurs inventions : la rotation des cultures. En perfectionnant l’araire, ils purent labourer les terres lourdes. [L’araire est une machine agricole tractée qui sert à ouvrir la terre. Contrairement à la charrue utilisée dans le monde gréco-romain, elle dispose d’un soc asymétrique qui permet de rejeter la terre de part et d’autre du sillon. L’araire se généralise en Gaule à partir du second siècle. Les Celtes adjoindront un coutre, couteau qui sert à fendre la terre verticalement avant le passage de l’araire.]

L’artisanat du fer est particulièrement maîtrisé par les Celtes. C’est à cette époque que la typologie des outils se fixe et n’évoluera plus guère jusqu’à la mécanisation des campagnes dans le courant du 20e siècle. Eh oui, nous utilisons les outils inventés par les Celtes qui leurs ont donné leur nom : forces ou ciseaux à mouton ; houes ou encore serpe à élaguer. La bêche sert aux petites parcelles ou au jardin potager. Dans les plus grandes parcelles, l’araire est utilisé avec la houe qui sert à casser les mottes. Le couteau à écimer est aussi une invention celte. Sa forme restera inchangée jusqu’à nos jours. A l’époque romaine, les Celtes inventeront même la machine à moissonner : le vallus. Constituée d’une caisse à roues munie de dents à l’avant, elle était poussée par un animal guidé par un homme. Les dents arrachaient les épis qui tombaient dans un réceptacle.

On doit également, à nos ancêtres les Celtes, la maîtrise de la salaison du cochon, notre saucisson actuel. Ils inventèrent le tonneau, plus solide, pendant le transport, que les jarres en terre cuite du monde gréco-romain.

Un artisanat aux techniques élaborées

L’usage du tour est une autre invention des Celtes. Avec les décors des céramiques, elles permirent aux potiers gaulois de développer une dextérité à la hauteur de celle des artisans grecs.

La métallurgie du bronze et du fer était une spécialité du monde celte. Elle permettait de produire en grand nombre de grandes épées de fer. Elles ont longtemps fait la supériorité des armées celtes. Les artisans fabriquaient aussi de courts glaives de bronze qui seront plus tard adoptés par les armées romaines. La finesse d’exécution des décors gravés sur les épées était un savoir-faire celte qui est difficile à reproduire encore de nos jours et qui montre une connaissance approfondie du théorème de Pythagore.

Les joailliers celtes avaient une réputation internationale en confectionnant d’extraordinaires bijoux d’or contenant de l’ambre et des pierres précieuses qu’ils vendaient jusqu’en Egypte et Grande Grèce.

Un autre domaine d’excellence mis au point par nos ancêtres les Celtes est la technique d’extraction et de fabrication du sel de terre. Un des gisements les plus importants exploité à cette époque se trouvait à l’est de Nancy à Château-Salins. Le sel revêtait une importance car c’était le seul moyen connu à cette époque pour conserver les aliments. L’exploitation du sel de terre permettait aux Celtes de s’affranchir de l’importation du sel venant de méditerranée.

On doit aux artisans celtes la construction de véhicule à quatre roues alors que les autres peuples ne connaissaient que les chars à deux roues qui n’étaient pas adaptés aux transports de marchandises. L’invention du camion avant l’heure en quelque sorte ! Notre bonne vieille brouette est aussi une de leurs créations.

Le compas, le tour de potier, la meule rotative sont leurs trouvailles les plus spectaculaires.

Des architectes et des aménageurs urbains confirmés

Ernest Lavisse, en 1917, tient des propos méprisants que l’on qualifierait de nos jours de racistes en décrivant une maison celtique : « Vous n’aimeriez pas habiter de pareilles cabanes. La fumée vous piquerait les yeux et vous ferait pleurer ». Les Celtes disposaient pourtant de tous les outils nécessaires à la charpenterie qui leur permettait de réaliser de vastes constructions de bois : hache pour abattre les arbres ; coin pour obtenir des planches en fendant le bois ; plane pour régulariser les surfaces ; herminette pour tailler et ajuster ; ciseaux à bois ; vrille pour percer. L’assemblage se faisait par tenons et mortaises, l’utilisation des clous n’interviendra qu’au premier siècle av. J.-C. dans les menuiseries d’intérieur. De quoi construire de vastes maisons, certaines dépassant les 200 mètres carrés ! On est très loin des fonds de cabanes décrites par Ernest Lavisse et autres historiens de la Troisième république ! Certaines recherches archéologiques actuelles tentent de montrer que les maisons celtes pouvaient posséder un étage.

Les mêmes historiens nous ont fait croire qu’en Gaule le concept de ville avait été introduit par les Romains après la conquête. Eh non ! Avant la colonisation romaine, les Celtes avaient construit de nombreuses villes : les oppida.

[Oppidum : nom donné par Jules César aux villes celtiques qu’il découvrit au cours de sa conquête de la Gaule (de 57 à 51 av. J.-C.). Dans Bellum Gallicum, il ne parle pas uniquement de vastes places fortifiées couvrant des dizaines voire des centaines d’hectares. Genève y est cité alors qu’aucun rempart n’a été découvert et que sa superficie n’excédait pas quelques hectares !]

On a cru longtemps que les oppidums étaient des forteresses aménagées exclusivement sur des hauteurs et ne comportaient pas de quartier d’habitation. Il n’en est rien ! Non seulement il existe de nombreux oppida en plaine, mais ce sont de véritables villes avec ses quartiers d’habitation et ses zones artisanales.

Ce terme est aujourd’hui utilisé pour désigner les grandes agglomérations fortifiées à caractère urbain de l’Europe celtique. Ce sont de véritables villes servant de place économique et de centre du pouvoir politique et religieux au sein du territoire de la cité (qui couvre l’équivalent d’un département français). Les oppida font plusieurs centaines d’hectares délimités par un rempart qui à un rôle défensif, mais aussi ostentatoire et symbolique.

Les oppida sont apparus à l’époque charnière entre le second et le premier siècle av. J.-C. Avant cette période, l’habitat était dispersé sous forme de petites unités familiales tournées vers l’agriculture de subsistance. La révolution agraire celtique a permis de passer à une agriculture intensive exportatrice nécessitant un réseau commercial adapté et un artisanat qui se spécialise. A ce tissu rural se sont donc ajoutées de véritables villes tournées vers l’économie situées sur des nœuds de communication. L’artisanat et le commerce s’y développèrent pour former l’essentiel de leur activité.

Pour autant, les villes celtes ne sont pas le fruit du hasard ! Leur conception prend en compte la topographie et suit un plan d’aménagement bien conçu avec une géométrie complexe et originale. Les remparts sont monumentaux et s’étendent sur plusieurs centaines de mètres avec des tours semi-circulaires. D’ailleurs, les celtes avaient un profond goût pour l’aménagement de leur territoire : Les fermes étaient également fortifiées au moyen de fossés mesurant plusieurs mètres de haut et de profondeur. A l’instar des villes romaines, les oppida celtes comportent des espaces publiques aménagés qui servaient de lieu de rencontre (c’est l’équivalent de l’agora grec) et des espaces cultuels avec une architecture monumentale.

Nos ancêtres les gaulois !

On est loin du portrait du « Barbare » décrit par nos historiens scolaires. D’ailleurs le terme de « Barbare » employait de nos jours en parlant des Celtes ou des Germains est un contresens ! A l’époque de la colonisation romaine, un barbare désignait un peuple qui ne parlait ni latin ni grec… et n’avait pas de connotation péjorative !

Fins connaisseurs des astres, très bons mathématiciens, architectes de talent et artistes confirmés, nos ancêtres les Celtes possédaient une richesse et une complexité des formes d’habitats, des modes de vie, de la religion, de l’organisation politique. Et, malgré ce que pensent beaucoup, les Celtes écrivaient leur langue : on en a retrouvé de nombreuses traces ! Leur espoir en une vie dans l’au-delà, qui surprenait les romains au cours des batailles (les Celtes partaient vers la mort comme vers un voyage qui les conduirait sur une terre de bonheur), fera qu’ils seront perméables à la nouvelle religion chrétienne. A la chute de l’Empire romain d’Occident, presque tout ces « Barbares », qui attaqueront Rome et son empire, seront des chrétiens celtes ou germains !

Tag(s) : #Préhistoire & Antiquité

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