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Quand Jean Calvin persécutait ses opposants

Jean Calvin dirigea de 1540 - 1564 la République de Genève, théocratie protestante radicale dont il avait été le théoricien et qu'il cherchera à implanter en France (Lire l'article Les guerres de religions : 40 ans de guerres civiles en France). Durant ces 24 ans de pouvoir absolu, plus de 2500 personnes  périrent sur le bûcher pour cause de sorcellerie.

Jean Calvin sera d'une férocité hors du commun contre tout ce qui pouvait contrarier "La volonté de Dieu" et sa vision de la Foi réformée. Ce sera d'autant plus vrai durant la période qui vit le protestantisme reculer en Europe. 

Cette période est considérée par Calvin et la République de Genève comme une période de montée des périls extérieurs : en 1544, le duc de Savoie reprend le contrôle de ses États; l’année suivante, les persécutions religieuses reprennent en France ; en 1547, les princes réformés allemands connaissent défaite sur défaite ; en 1553, Marie Tudor la catholique accède au trône d’Angleterre ; en 1556, l’alliance avec Berne n’est pas renouvelée ; en 1557, les troupes du duc de Savoie menacent à nouveau Genève; en 1559, les principales puissances catholiques font la paix.

À Genève, ces périls stimulent un patriotisme de citadelle assiégée : on fait serment de vivre et de mourir pour l’Évangile et la liberté ; on stocke le sel et le blé ; les habitants – y compris Calvin – travaillent aux fortifications et montent la garde sur les remparts.

C’est pourtant à ce moment que l’étendard de la résistance contre le rigorisme de Calvin sera  levé par les « Enfants de Genève ».

Calvin dénonce en ses adversaires des « Libertins », convaincus de sympathies pour Berne ou pour la France. Il s'en prendra à tout ses opposants : aux Berthelier, Bonna, Favre, Perrin, Sept, Vandel, etc. Le pasteur Froment rappellera que leurs chefs, Pierre Vandel et Ami Perrin, sont tous deux de modeste extraction et de « race taillable ».

En 1547, Jacques Gruet est torturé et décapité. Libertin au sens moderne du terme, il revendique le droit à la paillardise. Proche des ennemis politiques de Calvin parmi les vieux Genevois, il défend aussi des idées qui confinent à l’incroyance : pour lui, le monde n’a ni début ni fin, il n’y a rien après la mort, Jésus n’est pas le fils de Dieu et Dieu n’est rien.

Il s'en prendra à un autre opposant de position bien plus élevée : Ami Perrin, capitaine général de la République (Chef des forces armées). Ce dernier revendique que ses  hommes puissent porter des chausses chapelées (taillées au genou), celles que les mercenaires suisses au service du roi de France affectionnent et que le réformateur a fait interdire parce qu’il les juge indécentes. 

Pour les opposants à Calvin, un  test important intervient en février 1553, lorsque quatre « Enfants de Genève », emmenés par Ami Perrin, sont nommés syndics. Dès lors que le consistoire fait front et que Calvin menace d’abandonner la ville, la majorité du Conseil atermoie.

Début 1554, Calvin fulmine : ses adversaires sont « pires que les Turcs et les juifs […] des chiens, des taureaux, des diables ».

Évincés du pouvoir en 1555, les opposants à Calvin font d’autant plus de bruit qu’ils se sentent isolés. Le 16 mai, ils perturbent l’ordre public et sont accusés de sédition. Le réformateur appelle à la répression la plus implacable, même si les troubles n’ont pas duré plus d’une heure et que les manifestants ont été dispersés sans faire de blessés.

Ami Perrin, Philibert Berthelier, Baltasar Sept et plusieurs de leurs partisans, réfugiés en terre bernoise, sont ainsi condamnés par contumace à être décapités, leurs corps mis en quatre quartiers et attachés aux quatre lieux les plus apparents des Franchises de Genève. En tout, soixante-six personnes sont poursuivies, dont vingt-deux condamnées à mort et huit exécutées. Calvin a gagné la partie.

Le nombre des excommunications ne cesse dès lors d’augmenter : plus de cinquante en 1554, une centaine en 1555, quelque deux cent cinquante par an de 1557 à 1560 et trois cents par la suite 39 En 1560, il semble que près d’un Genevois sur vingt-cinq ait été excommunié.

La liste des victimes de l'intolérance de Calvin serait longue à faire. La plus marquant restera l'Affaire Michel Servet, de passage à Genève, condamné pour hérésie... juste pour avoir écrit des livres en France ! Il sera   arrêté et jugé à la demande de Calvin pour ses positions sur la Trinité et le baptême. Il sera condamné au bûcher à une mort lente (Du bois vert ayant été utilisé sciemment) par la Seigneurie en 1553. Ainsi finira la vie terrestre de ce brillant médecin qui a découvert le principe de la circulation sanguine, puis celle du passage de l'oxygène dans le sang par l'intermédiaire des poumons !

Jérôme Bolsec, qui défend le libre arbitre et conteste la prédestination sera jeté en prison en 1551 pour s’être opposé publiquement à Farel, puis banni à l’issue d’un procès qui émeut l’opinion et ne fait pas l’unanimité des Églises de Suisse.

Que dire des conflits qui émaillent les relations de Calvin avec certaines familles en vue ? L’un des premiers concerne un fabricant de cartes à jouer, Pierre Ameaux, mécontent des ordonnances contre le jeu. En 1546, il est condamné à sillonner la ville en chemise, tête nue, une torche à la main et à demander pardon à genoux.

Enfin, il ne se passe pas une année sans qu’un artisan, un boutiquier ou un prédicateur ne soit poursuivi pour anabaptisme, battu, banni et ses livres brûlés.

On comprend mieux pourquoi en France les catholiques se levèrent contre le modèle théocratique de Calvin que le Parti huguenot voulait leur imposer de force. Dans les villes conquises par les élites protestantes ce fut pour beaucoup l'exil forcè (Lire l'article : Qu'est-ce qui poussa les paysans français à émigrer au Canada à partir de 1600?).

Lire aussi : La République de Genève de Calvin : Une dictature religieuse et morale

 
Tag(s) : #Histoire des Guerres de religion

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