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Selon l'Humanisme des Lumières, le Peuple est  "Entre l'Homme et la bête"

Le mépris du Peuple, qualifié de Canaille ou populace par l'ensemble des philosophes des "Lumières", est un trait majeur de l'Humanisme des Lumières. On le retrouvera chez l'ensemble de ces penseurs tout au long de leurs écrits, y compris chez Jean-Jacques Rousseau ou chez Voltaire, ce dernier étant qualifié "d'ami du Peuple" par la mythologie républicaine.

Dans ces Lettres de Memmius à Cicéron (1771), voltaire écrivait : "J'ai lu, dans un philosophe, que l'homme le plus grossier est au dessus du plus ingénieux animal. Je n'en conviens point. On achèterait beaucoup plus cher un éléphant qu'une foule d'imbéciles". Dans ce même ordre d'idées, Voltaire considère avec amusement que le porc, l'animal appelé "Immonde" par les Hébreux était en fait "Plus utile qu'eux" (Dans Dix-sept dialogues traduits de l'anglais de M. Huet).

Ce mépris pathologique du Peuple ira jusqu'à haïr la majorité du genre humain. La palme en revient à d'Holbach qui écrit dans "Le bon sens" (1772) : "L'Homme sans culture, sans expérience, sans raison, n'est-il pas plus méprisable et plus digne de haine que les insectes les plus vils ou que les bêtes les plus féroces?".

On pourrait multiplier les citations afin de démontrer que ce mépris profond pour le Peuple est général chez tous les auteurs de l'Humanisme des Lumières, mais aussi que cette idéologie qui a construit notre République se retrouve tout au long du 19e siècle. Je vous renvoie pour cela à l'excellent livre de Xavier Martin Naissance du sous-homme au coeur des Lumières.

Cette vision philosophique est la suite de deux modifications majeures de la pensée occidentale : La place de l'Homme dans la classification générale des êtres vivants qui remet en cause la primauté de l'Homme qui le place au sommet de la Création ; la prédestination calviniste qui veut que les "Elus de Dieu" dirigent la masse de l'Humanité.

La classification générale du Monde de Linné est une organisation purement artificielle ayant pour but le recensement de toutes les espèces végétales ou animales connues. Buffon mettra l'Homme au coeur du règne animal et le placera au sommet de la création car ayant une âme douée de raison. Cette avancée de la Science ne remet pas en cause le message biblique de la primauté de l'être humain dans sa globalité.

L'Humanisme des Lumières va considérer que l'Homme est un animal comme les autres et qu'une infime partie des hommes, ceux "Doués de raisonnement"  est "digne" de diriger les autres. Ils en donneront même la proportion : quatre hommes pour 10 000 individus ! Certains iront jusqu'à trois pour 10 000.

L'élitisme des Lumières lui vient en partie du protestantisme radical de Calvin et de son dogme de la prédestination. Diderot sera un calviniste convaincu. 

Un siècle plus tôt, Calvin avait ouvert la voie avec son concept de prédestination et de "Peuple élu". Le théologien du protestantisme radical estimait que seul Dieu choisissait par avance ceux qui le rejoindraient dans la vie éternelle (Le reste de l'humanité étant destinée à finir en Enfer dans d'atroces souffrances). Ils constitueront le Peuple des élus chargés de diriger le reste de l'Humanité. C'est l'idéologie du Protestantisme libéral à l'oeuvre actuellement avec le Mondialisme. Lire à ce sujet l'article La République de Genève de Calvin : Une dictature morale et religieuse.

Ainsi, l'Humanisme des Lumières classera le Peuple "entre l'Homme et la bête" car n'étant pas capable de raisonner, réservant le terme d'Homme à la petite minorité dont ils sont fiers de faire partie ! Les Lumières que l'on nous a vendu comme un modèle de liberté et de démocratie mettant le Peuple au centre de la vie politique n'est en fait qu'une oligarchie (Gouvernement par un petit nombre). Ce n'est même pas une Aristocratie (Gouvernement par les meilleurs).

Cet humanisme, né dans la seconde moitié du 18e siècle et qui donnera le fondement idéologique de la Révolution française et de l'Empire, ira même jusqu'à classer certains hommes dans le règne animal ; certains philosophes les plaçant même après les chevaux. Ainsi les noirs d'Afrique seront classés parmi les "Bêtes" !

La dimension spirituelle de l'Homme est mise à terre par l'Humanisme des Lumières. Mme de Staël, fille de Necker, s'étonnera dans un écrit de 1798 : "Qu'est-ce en effet la dimension spirituelle de l'Homme si sa nature est animale?" (Dans Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République en France). Dans le même ouvrage, cela ne l'empêchera pas d'affirmer : "Tout ce qui n'est pas le petit nombre d'hommes libres des circonstances extérieures par la force d'une vertu purement intellectuelle, tout le reste de l'espèce humaine, doit être calculé comme une expérience chimique". Ainsi, hormis l'infime élite d'êtres doués de raison, le reste de l'Humanité est purement niées ! La différence est de nature ontologique.

Le "Commun des hommes" n'est pas reconnu par cet humanisme, l'assimilant "au commun des canards". L'exclusion est sévère. L'Homme titulaire de dignité de par l'onction d'une touche divine, comme l'écrira Mme de Staël, est "Essentiellement" différent du commun des hommes. Entre lui et eux s'étend la distance de l'Homme au canard, dirait Diderot.

Dans une correspondance de Diderot au sculpteur Falconet de juillet 1767, Le philosophe écrit : "Quand je dis les hommes, je parle de vous et moi". La répétition de tels propos chez tout les philosophes des Lumières montre bien que l'Humanisme des Lumières a inventé le concept d'Untermenschen (Sous homme) qui sera repris tout au long du 19e siècle au cours duquel le nom apparaîtra.  Il sera théorisé et mis en oeuvre par le National-socialisme avec les sous-hommes au service de la race pure aryenne.

On nous vend l'Humanisme des Lumières comme une avancée fondamentale vers la Liberté et tant d'autres vertus. Malheureusement, elle ne concerne qu'une infime minorité des hommes (Les élus de Dieu pour les Calvinistes), le Peuple étant relégué dans la catégorie des Sous-hommes.

Pour ce petit nombre d'hommes doués de raison, les philosophes des Lumières trouveront "Qu'il y a quelque chose de divin en l'Homme", reconnaissant ainsi une certaine forme d'immortalité.

Les métiers et les gens de métiers seront méprisés. L'Encyclopédie décrit le Manouvrier (Ceux qui travaillent de leurs mains et à la journée) comme "Hommes grossiers" qui sont "dans un état de stupidité presque égal à celui des bêtes". Et de poursuivre que certains d'entre eux "n'ont jamais eu un nombre d'idées pareil à celui qui forme le système des connaissances d'un renard". Incontestable vitrine technique de tous les métiers du 18e siècle, l'Encyclopédie montre une vision de l'Homme qui est celle de l'Humanisme des Lumières et non celle des corporatismes encore largement dominant.

Cette méprisante dépréciation des gens de métier sera utilisée par Voltaire pour dévaloriser ses adversaires et pour commencer les chrétiens. Jésus Christ lui même né "Dans un village juif, d'une race de voleurs et de prostituées" aura les honneurs de cette façon de faire. "Un juif obscure de la lie du Peuple", fils analphabète "D'un charpentier de village". Le prophète Mahomet ne sera pas mieux traité, le gratifiant de "Valet d'une marchande de chameaux". 

Les domestiques seront considérés comme faisant partie de la meute de chiens par Buffon : "Comme les autres domestiques, le chien est dédaigneux chez les Grands et rustre à la campagne". Rivarol n'en pensera guère moins : "Semblable au valet d'un philosophe, qui apporte des livres à son maître, et qui ne voit que ses gages dans ses fonctions, le chien ne voit entre son maître et sa leçon que le châtiment ou la récompense" (Dans Discours préliminaire du nouveau dictionnaire de la langue française de 1797).

Le monde paysan sera simplement ignoré ou animalisé, rejoignant les Hottentots ou les Lapons. Si l'on en croit Voltaire les "Cafres d'Afrique" qu'il a tant sous-humanisé "Sont infiniment supérieurs" aux paysans de nos contrés qu'il nomme "Nos rustres". Ces rustres, écrit Voltaire, vivent "Dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux ayant peu d'idées et par conséquent peu d'expressions" (Dans Essais sur le moeurs écrit entre 1740 et 1756).

L'Humanisme des Lumières fait un amalgame entre les "Rustiques" et leurs animaux. Ainsi, du maître on glisse au paysans et du "Plus vil des paysans" on glisse à l'âne dans une continuité de valeurs... comme Voltaire faisait la continuité entre le "Nègre" et le singe ; Galiani entre le "Nègre" et le mulet (Correspondance entre Galiani et Mme d'Epinay du 5 septembre 1772). 

"Il est dans l'espèce humaine, des êtres aussi différents les uns des autres, que l'homme l'est d'un cheval ou d'un chien. Quelle différence infinie n'y a-t-il pas entre le génie d'un Locke, d'un Newton, et celui d'un paysan, d'un Hottentot, d'un Lapon?" Ces propos sont tirés de Le bon sens de D'Hollbach (1772) ; les Hottentots et les Lapons étant considérés comme des "Races inférieures" par l'Humanisme des Lumières, influence directe de la Théorie des climats (Lire sur ce sujet : Montesquieu importe en Occident cette vieille théorie du racisme scientifique qu'est la Théorie des climats)

Rappelons les affirmations d'un plus récent anthropologue, pour comparaison : "Il y a moins d'écart entre l'Homme-singe et l'Homme courant qu'il n'y en a entre cet Homme courant et un homme comme Schopenhauer". Propos tiré de ... Libres propos sur la Guerre et la Paix - Adolf Hitler octobre 1941.

Les délires de l'Humanisme des Lumières que l'on nous vend comme prônant l'Egalité (Devise inscrite sur nos monuments) va construire une ontologie des plus inégalitaires qui conduira certains à mettre en oeuvre le concept on ne peut plus raciste de Sous-Homme.

Pour protéger l'Homme, je préfère la Genèse biblique que Voltaire considérait comme le reflet des "Idées les plus grossières du Peuple le plus grossier".

 

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