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La Théocratie calviniste, maîtresse intolérante de Genève - "La face cachée de l'histoire moderne" de jean lombard coeurderoy

La Théocratie calviniste, maîtresse intolérante de Genève - "La face cachée de l'histoire moderne" de jean lombard coeurderoy

Chapitre tiré de "La face cachée de l'Histoire moderne" de Jean Lombard Cœurderoy

Tout autre allait être le rayonnement de la religion calviniste, héritière directe des écoles de Meaux et d'Oxford ; restée fidèles au caractère biblique et universel de son enseignement. Lefèvre d'Etaples au point de vue doctrine et Guillaume Farel, au point de vue organisation religieuse et politique, avaient été les principaux précurseurs de Calvin, qui ne fit preuve d'originalité qu'en instaurant un régime théocratique des plus stricts, tempéré cependant d'une grande souplesse en matière économique, ce qui lui valut la sympathie d'importantes portions de la bourgeoisie marchande d'Occident.

Fils d'un avoué à l'évêché de Noyon, Calvin, né le 10 juillet 1509, avait étudié en France au collège Montaigu à Paris jusqu'en 1528 avec Antonio Coronel, qui eut une grande influence sur sa formation philosophique, puis à Orléans le droit avec Pierre de l'Estoile, à Bourges avec Alciat et de nouveau à Paris, après la mort de son père le 26 mai 1531 le grec avec Dattes, l'hébreu avec Vatable. Son cousin Pierre Olivetan et son ami l'Allemand luthérien Melchior Wolmar l'avaient déjà attiré vers la Réforme lorsqu'en Septembre 1532 il logea à Paris chez le drapier Étienne de la Forge, protestant notoire.

Au moment où son ami Nicolas Cop, recteur de l'Université, poursuivi pour son fameux sermon «Évangélique» (1er novembre 1533) dut se réfugier à Bâle et où Étienne de la Forge arrêté, fut brûlé. Calvin se cacha. Il se réfugia d'abord à Angoulême auprès de du Tillet, puis à Nérac, où il retrouva Lefèvre d'Etaples à la Cour de Marguerite. Après l'affaire des placards (octobre 1534). il rejoignit Nicolas Cop à Bâle où il continua à étudier l'hébreu avec Sébastien Munster, élève de Reuchlin. C'est là qu'il acheva en Août 1 535 son œuvre maîtresse, l'«Institution chrétienne» qu'il dédia à FrançoisIer et publia en Mars 1536 en édition latine. Profitant de l’Édit de tolérance (Juillet 1536), il allait rentrer à Noyon lorsqu'à son passage à Genève il fut retenu par Guillaume Farel qui avait besoin d'un lieutenant pour gagner la ville à la Réforme. Cité impériale, gouvernée par un évêque, assisté de trois conseils, le petit Conseil, le Conseil des Soixante et le Conseil des Deux Cents, Genève était confédérée (eidgenossen, d'où le nom de huguenots donné aux réformés), avec Berne, réformée et Fribourg, catholique. Au moment où Calvin s'y installait, les bourgeois travaillés par Guillaume Farel avaient chassé leur évêque en 1534 et résisté victorieusement l'année suivante, grâce à l'appui de FrançoisIer, aux tentatives du Duc de Savoie pour rétablir l'autorité légitime. En Février 1537, le Conseil des Deux Cents semble prêt à imposer la doctrine évangélique, mais les libertins réussissant à renverser la majorité en 1538, Calvin doit reprendre le chemin de l'exil. Il demeure pendant trois ans à Strasbourg avec Bucer et médite sur l'exemple de cette communauté modèle, tandis qu'il édite en français son «Institution chrétienne» (800 pages) en 1541. Alors durcissant sa position, il s'éloigne de Luther et de Melanchton (qu'il avait rencontré en 1541 à Worms et à Ratisbonne) et se rapproche de Farel, de Bucer, et de Zwingli. Des sacrements, il ne veut plus retenir que le baptême et la Cène. Son œuvre n'est pas originale, ni même exempte de contradictions : sa croyance à la prédestination s'accordant assez mal avec l'importance qu'il attribue à la volonté. À l'égard, de la science, il n'a pas d'idées très nettes : il s'adonne à l'astrologie mais il ignore Coppernic, il croit aux sorcières et décrète de sévères mesures contre 14 d'entre elles lors de la peste. Bon analyste, logicien implacable, il est surtout un dialecticien remarquable. Réaliste, habile à se renseigner et à manier les hommes, il utilisera à plein ses dons de politique pour établir à Genève un Gouvernement théocratique où l'aristocratie fermée des élus du Seigneur règne en maîtresse et où son caractère orgueilleux, intolérant et vindicatif se donne libre carrière. Rentré à Genève le 13 septembre 1541, il confère au Conseil des Soixante et à celui des Vingt, dociles aux suggestions du Consistoire, l'initiative des lois et le droit de proposer les candidats pour l'élection des syndics et il gouverne avec une main de fer. Ami de Dolet, Gruet paie de sa tête le délit d'avoir affiché un placard. Bien qu'une majorité hostile soit sortie des élections de 1543, il condamne Michel Servet à être brûlé, parce que ce médecin espagnol de Tudèle, qui s’apprêtait à découvrir la circulation du sang, inclinait vers le platonisme dans ses études bibliques (25 octobre 1543). Il expulse l'humaniste Castelion, qui réfugié à Bâle prêchera la tolérance dans un «conseil à la France désolée» (1562). Et il bannit aussi ses autres adversaires La Mare, Alciat, Gentilis. Et, l'ayant emporté aux élections de 1554, maître de Genève, il érige l'intolérance en dogme que le traité «de haereticis a civili magistratu puniendis» met en articles.

Il règne à travers les trois ou quatre syndics et les douze membres du Consistoire (dont quatre pasteurs) en s'appuyant sur les émigrés réfugiés à Genève, qui étaient représentés en 1546 par douze ministres sur treize. Contre ces intrus, les vieilles familles genevoises, les Anneaux, les Perrin, les Vandel, les Fabre réagissent. Le peuple les dénonce aussi : «vous venez faire ici vos synagogues, après avoir chassé les honnestes gens». En Février 1153, Ami Perrin, capitaine général des Arquebusiers, est élu premier syndic mais deux ans plus tard quatre calviniens sont élus à leur tour et après une émeute ratée, les chefs des opposants s'enfuient à Berne. Les libertins et mécréants sont expulsés ou châtiés, une sévère censure s'exerce sur les livres, une lourde chape d'austérité s'abat sur la ville qu'elle étouffe.

Ces mêmes éléments cosmopolites, qui ont créé (le 5 juin 1559) avec Théodore de Bèze une Académie célèbre pour ses études hébraïques et groupant 1.500 étudiants, faciliteront singuliè- rement l'expansion de la doctrine du réformateur à l'étranger. Par l'intermédiaire d'un Flamand, Utenhove, en Rhénanie, dans les Pays-Bas et plus tard en Angleterre, et d'un Polonais, Laski en Frise. Après la signature à Zurich de l'acte d'union (31 mai 1549), les disciples de Calvin s'infiltrent en Angleterre. Sous Somerset : Bucer, Peter Martyr, Laski, Vermigh et toute une équipe d'Allemands, de Français et de Flamands. Sous Warwick (Décembre 1545), Brook traduit les livres de Calvin et une église de son obédience est ouverte à la Cour en Août 1550. Précepteurs d'ÉdouardVI, Cox et Cheke, se rallient à sa doctrine. Lorsque l'avènement de Marie Tudor chassera d'Angleterre les prédicants, John Know, Wittingham, Cheke, Cilby se réfugieront à Genève devenue la Mecque du protestantisme.

Tag(s) : #Religion - Protestantisme

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