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Alexandre Stavisky

Alexandre Stavisky

Affaire Stavisky (1931 – 1934): vers les émeutes du 6 février 1934

Serge Alexandre Stavisky fut à l’origine d’un des nombreux scandales ayant affecté la Troisième République radicale qui conduisit aux émeutes du 6 février 1934... puis à la création du mythe "Du coup d'état contre la République" par la Gauche fortement compromise dans ce scandale.

L’anti-parlementarisme et l’aversion contre la Franc-maçonnerie en sortiront renforcés.

Le système d’Alexandre Stavisky est très simple. Il s’agit de s’enrichir sur le dos du Crédit Municipal en émettant des bons à intérêt gagés partiellement sur la valeur des dépôts.

Grâce à la complicité du député-maire de Bayonne, Dominica-Joseph Garat (inscrit au groupe républicain radical et radical-socialiste jusqu’en 1936), Stavisky a fait émettre à Bayonne des bons de caisse pour une valeur de 235 millions de francs. Or, ces bons ne sont réellement couverts qu’à hauteur de 20 millions de francs en bijoux et autres valeurs, le reste sur de faux bijoux ou volés, voire pires sur des dépôts inexistants.

Ce scandale financier fut découvert en 1933 suite à un contrôle du ministère des finances. L’arrestation du directeur du Crédit Municipal de Bayonne, Gustave Tissier, le 23 décembre, 1933 fait éclater l’affaire. Ce dernier a mis en circulation les 235 millions de faux billets. Très vite, on découvre qu’il n’est que l’exécutant et qu’il agit sur ordre du fondateur du Crédit Municipal, Serge Alexandre Stavisky, dit le beau Sacha.

La police connaît ce dernier comme un financier douteux, alors que tout Paris sait que c’est un escroc de haut vol par ailleurs richissime et mondain que l’on croise au bras d’une reprise de justice et ancienne mannequin sa femme Arlette.

L'enquête faite pas la section financière du Parquet de Paris qui suivit montra de nombreuses compromissions avec la Police, la presse, la justice et les parlementaires.

Le député Gaston Bonnaure (Inscrit au groupe Radical-socialiste), le sénateur René Renoult(Inscrit au groupe Radical et huit fois ministre dans des gouvernements de Gauche), le ministre des Colonies en titre et ancien ministre de la Justice Albert Dalimier (du parti Radical et membre de la loge maçonnique "Les Philanthropes réunis"), les directeurs de journaux Albert Dubarry (républicain - « radical faisandé » selon les propos de Louise Weiss et malheureux à différentes élections dans les Alpes-maritimes) et Camille Aymard (directeur du grand journal politique du soir La Liberté jusqu’en avril 1933) ont largement profité de ses largesses en échange de leur appui.

De plus, le procureur général Pressard, beau-frère du président du Conseil radical-socialiste,Camille Chautemps, avait fait en sorte que Stavisky vît son procès reporté dix-neuf fois.

Une autre affaire vient s’ajouter : Le 20 février 1934, le magistratAlbert Prince, chef de la section financière du Parquet de Paris qui instruit l’affaire, est retrouvé mort sur la voie ferrée reliant Paris à Dijon, au kilomètre 311. Il devait rendre visite à sa mère résidant à Dijon, mais avait été aperçu par des témoins, dans cette même ville, le 19 février, se débattant dans un véhicule automobile entre deux hommes. Il devait remettre au Garde des Sceaux, Henri Chéron(1867-1936), fin février, début mars, un rapport sur les premiers éléments de l'enquête Stavisky. On retrouvera à côté de son corps sa mallette ouverte et vide.

L’enquête est confiée à l'inspecteur Pierre Bonny, connu pour ces sympathies Radicale et fraîchement réintégré après une affaire de corruption, et désormais qualifié de "meilleur policier de France" par le Garde des Sceaux. Il met rapidement en cause trois truands marseillais, Paul Venture Carbonne, François Lydro Spirito etGaëtan De Lussatz, dit "le Baron", incarcérés le 29 mars 1934, puis bénéficiaires d'un non-lieu un mois plus tard.

Le dossier d'instruction sera classé en janvier 1937 et l'affaire Prince restera à jamais inexpliquée.

Entre temps, le Garde des Sceaux Chéron a démissionné sous la pression de la rue, le 14 octobre 1934 (source : site du sénat). Il meurt le 14 avril 1936.

L'inspecteur Bonny est, quant à lui, finalement révoqué de la Police, le 10 janvier 1935, puis condamné pour corruption, le 30 octobre 1935, à Paris. En 1940, il rejoint la Collaborationparisienne et fonde la célèbre bande Bonny-Laffond du 93 rue Lauriston chargée de faire la chasse aux juifs et aux résistants. Un an plus tard, Paul Venture Carbonne et François Lydro Spirito rejoignent de leur côté la Collaboration marseillaise au côté de Simon Sabiani (Député Gauche indépendante de Marseille ayant suivit Jacques Doriot au PPF).

Exécuté en 1944, Bonny aurait déclaré à son fils qu'il était l'auteur de l'assassinat d'Albert Prince, "pour défendre la République" (source: "Mon père l'inspecteur Bonny", par Jacques Bonny, éd. Robert Laffont, 1975).

Sentant l’étau se refermer, Stavisky s’enfuit vers la Suisse. La police le localise dans un chalet près de Chamonix, le 2 janvier 1934. Mais ce n’est que le 8 janvier qu’elle se décide à encercler le chalet. Alors qu’ils entourent la bâtisse les policiers entendent une série de coups de feu. Lorsqu’ils y pénètrent, ils découvrent Stavisky gisant au pied de son lit, frappé d’une balle dans la tête et perdant son sang. Il décèdera quelques heures plus tard. Le lendemain, la presse (de droite comme de gauche) est unanime pour accuser la police d’avoir suicidé Stavisky ! Il fallait absolument l’empêcher de parler, pour protéger ses complices politiques.

Sur cette affaire, le Canard Enchaîné va titrer : « On a suicidé Stavisky ». Comme le rapport de police indiquait qu’il avait été tué par une balle tirée à trois mètres, d’autres journaux satiriques vont écrire : « Voilà ce qui arrive quand on a le bras long ! »

Sachant que la gauche connaissait le passé douteux de Stavisky, la droite va se déchaîner contre le gouvernement et le régime parlementaire. Ca donnera la journée du 6 février 1934 et celle du 12 organisée par les communistes où l'appel à la grève générale a été lancé !

Dossier : Le mythe du 6 février 1934 (1/2)

L’agitation qui a précédé le 6 février 1934

Le plus grand mouvement de contestation depuis la Commune de Paris que fut le 6 février 1934 a été précédé par un mois d’agitation de plus en plus violente. Ce mouvement de contestation qui a précédé le 6 février fut largement organisé par la Droite; le Parti communistene manquera d’y participer, se réclamant des soviets et chantant l’Internationale.

Revivons ces événements durant lesquelles divers mécontentements se coaguleront pour donner cette journée mémorable du 6 février où il n’a jamais été question de renverser la République... comme le prêtant toujours la Gauche!

Au lendemain du suicide Stavisky et pour calmer la rue, Albert Dalimier, le ministre des Colonies directement impliqué dans le scandale démissionne le 9 janvier 1934. Il sera exclus du parti Radical le 13 mars mais ne se démit pas de son mandat de député. Il ne sera toutefois pas réélu en 1936 !

Dans son livre « 6 février », le député Philippe Henriot (Fédération républicaine) donne le ton : «Le 9 janvier, l’Affaire vient d’apparaître avec son cortège de complaisances politiques. Et, bien qu’on ne sache encore que peu de chose, on devine que l’escroquerie n’a été possible que grâce aux appuis que l’escroc a trouvés auprès des pouvoirs publics, auprès de la justice, auprès de la police.

Dès le 9 janvier, à l’appel de L’Action française, des manifestants défilent aux cris de « À bas les voleurs » et « Les députés à la lanterne ». Albert Sarraut (ministre de la Marine et sénateur Radical-socialiste) est pris à partie à la sortie de l’Assemblée Nationale. Il y aura 132 arrestations et 10 policiers blessés.

Le 11 janvier, jour de la rentrée des Chambres et le 12, — ce sont les deux jours où se discutent les premières interpellations, — les protestations dans la rue se font plus denses et plus violentes. Les groupements des Jeunesses Patriotes, de la Solidarité Française, des étudiants, se répandent çà et là, suivis de la visible sympathie de la population, car ils représentent la protestation résolue et légitime des Français contre l’impunité dont on s’obstine à couvrir les coupables.

Des manifestations de plus en plus violentes (kiosques brûlés, bancs arrachés, grilles d’arbres jetées sur la chaussée) se déroulent dans les quartiers centraux de la capitale (les 11, 12, 19, 20, 22, 23, 26, 27 et 28 janvier) principalement à l’initiative de l’Action française (Royaliste de Maurras) puis des jeunesses patriotes (Bonapartiste sans vraiment d’idéologie) faisant en tout 145 blessés chez les policiers, et 1338 arrestations de manifestants.

Communistes et socialistes, contents de la mise en accusation des radicaux rappellent, eux aussi, les scandales précédents et ne réagissent que mollement, bien que le Parti Communiste ait participé aux manifestations dont celle du 27 janvier où ils se réclamaient des Soviets et chantaient l’Internationale.

L’attitude du gouvernement devient une véritable provocation. On a l’impression d’une volonté bien arrêtée d’étouffer coûte que coûte la vérité.

L’agitation politique ne va plus cesser jusqu’au 12 février 1934 avec la grève générale (partout en France) lancée par la Gauche à nouveau unie.

Le 12 janvier 1934, Jean Ybarnegaray (Fédération républicaine) interpelle le gouvernement sur l'escroquerie du conseil municipal de Bayonne. A la demande du président du Conseil, Camille Chautemps, sa proposition de créer une commission d'enquête est repoussée par 372 voix contre 209.

Le Temps écrit : « Ils ont négligé de tâter le pouls de l'opinion et cette négligence peut coûter cher au régime »

"Après mes deux interventions du 18 et du 23, il se cramponne rageusement à un pouvoir qui déjà lui échappe. Puisqu’il a rallié une majorité à l’intérieur pourquoi s’inclinerait-il devant les exigences du dehors ?" écrira Philippe Henriot dans son livre "6 février"

Et de poursuivre : "Personne cependant ne peut plus ignorer que Dalimier a été complaisant, que Raynaldy est en délicatesse avec la justice, qu’André Hesse a demandé des remises pour l’escroc, que Pressard les a ordonnées, que Georges Bonnet a menti, que Camille Chautemps qui fit élire Gaston Bonnaure, a été l’avocat d’un collaborateur de Stavisky.

Qu’importe tout cela : le Gouvernement a la seule chose qui importe pour lui : sa majorité. La Rue n’accepte pas." (Philippe Henriot)

De son côté, André Tardieu, député du Centre républicain et ancien Président du Conseil, publie une liste fantaisiste de parlementaires ayant « touché », qui rappelait les « chéquards » de l'affaire de Panama. Cela ne fait qu’accroître le trouble dans la population !

En 1932, les radicaux au pouvoir paraissent plus que jamais enfoncés dans leur contradiction native : idéologiquement « de gauche », sensibilité renforcée par leur alliance vitale avec les socialistes, ils n’entendent pratiquer qu’une politique économique d’orthodoxie financière –monnaie forte, maîtrise des déficits – qui leur aliène ces mêmes socialistes en même temps qu’une part croissante de l’opinion. Les majorités instables se défont à chaque rivalité de personnes !

Exaspérée par cette instabilité ministérielle chronique – cinq ministères de 1932 à 1934 ! –, une grande partie de la société française s’accorde à dénoncer l’incapacité de ses dirigeants, la crise du régime parlementaire et la nécessité de restaurer un pouvoir fort.

Ce dernier aspect de « restauration d’un pouvoir fort » sera qualifié par la Gauche extrême d’Antiparlementarisme, sous entendant « souhait de voir une dictature s’installer en France » !

Le débat lancé, notamment par André Tardieu au début des années 1930, visait à instituer un régime identique à celui de la Cinquième république et non pas une dictature ! (Pour comprendre ce que fut vraiment l'antiparlementarisme, voir les articles associés). Il faut comprendre que la Gauche (à juste titre) a toujours fait une fixation sur les coups d’état ayant ruinés la République : Robespierre, Bonaparte et Napoléon III.

Le 27 janvier 1934, Camille Chautemps (groupe Républicain radical et Radical-socialiste) donne la démission de son cabinet sans qu'un vote de méfiance ait été émis par le Parlement, préférant se retirer devant l’agitation populaire. Il est remplacé le 31 par le cabinet Edouard Daladier (groupe Républicain radical et Radical-socialiste). Ce sera une dure succession de très courte durée !

Premier effet de ce départ, l’agitation de la rue cesse immédiatement, bien que déçue par l’arrivée d’Edouard Daladier.

Ce même 27 janvier, l’Union nationale des combattants (UNC) décide pour le 4 février une grande manifestation devant la statue de Clemenceau sur les Champs-Élysées pour se rendre place de la Concorde.

Cette manifestation sera ajournée à la demande du Président du Conseil et transmise par le préfet Jean Chiappe qui œuvra à la négociation. « Ainsi tout établit le « préjugé favorable » des braves gens, tout disposés à faire confiance aux hommes de bonne volonté qui leur promettront de travailler à faire la lumière et à rétablir la justice » dira Philippe Henriot dans son livre 6 février.

L’UNC est la principale association d’anciens combattants de l’époque (900 000 adhérents, dont 72 000 en région parisienne). Fondée par Georges Clemenceau et le Père Daniel Brottier(Béatifié le 25 novembre 1984), l’UNC a vocation à accueillir les anciens combattants mais aussi les veuves et orphelins de guerre et demande aux poilus de « Rester unis comme au front ». Elle est à l’origine de toutes les avancées en terme de législation combattante. Elle existe toujours !

En appelant à cette manifestation, L’UNC décidait clairement de prendre part au mouvementde contestation en cours. Comme le dira son président plus tard, le général Lebecq : « … nous manifestions notre dégoût et notre écœurement que, d’un autre côté, nous manifestions contre une majorité Stavisky au parlement français. Nous avions bien le droit de le dire puisqu’à chacun des scrutins, cette majorité s’augmentait…Nous souhaitions le redressement national ».

Cherchant une majorité parlementaire, le premier geste du Président du Conseil fut de renvoyer le préfet Jean Chiappe, bête noire des socialistes.

Cette décision eut un très mauvais effet auprès de la puissante Union Nationale des Combattants qui se sentit trahie par le Président du Conseil auquel elle venait d’accorder sa confiance en renonçant à la manifestation du 4 février.

C'est la goutte d'eau qui fit déborder le vase !

Le préfet Jean Chiappe

Le préfet Jean Chiappe

Le renvoi du préfet Chiappe le 3 février 1934

Le renvoi du préfet Jean Chiappe, le 3 février 1934, fut l'erreur de trop de la Gauche au pouvoir qui contribua à mettre le peuple de Paris dans la rue le 6 février.

Un des premiers gestes du nouveau président du Conseil, Edouard Daladier, fut de renvoyer, le 3 février 1934, Jean Chiappe, qui était titulaire du poste depuis sept ans et avait tendance à se considérer comme inamovible.

Le président du Conseil souhaitait le remplacer pour obtenir un vote favorable à son investiture de la part des députés socialistes et ainsi obtenir une plus large majorité... bien nécessaire en période de trouble. Il faut dire que les socialistes de la SFIO et les communistes haïssaient le préfet de Paris très peu enclin à laisser faire les débordements lors de manifestations.

Depuis des semaines les feuilles de gauche se répandaient en insinuations pour semer dans l’opinion l’idée que Chiappe, lui aussi, était compromis dans l’affaire Stavisky. Pas une preuve jusqu’ici n’a pu en être apportée ; pas un témoignage n’a été formulé. A la tribune de la Chambre, Gaston Bergery (Républicain radical et Radical-socialiste) va même jusqu’à brandir un dossier qu’il prétend accablant et décisif, il se garde bien de l’ouvrir, et d’en faire connaître le contenu !

Pour éviter l’apparence d’une décision partisane, le président du Conseil avait proposé la veille à Jean Chiappe, en échange d’un départ volontaire, sa nomination comme résident général du Maroc. Jean Chiappe, ayant refusé en termes peu amènes, était remplacé quelques heures plus tard par le préfet de Seine-et-Oise [Bonnefoy-Sibour]. Le Préfet de la Seine, Renard, avec lequel il était lié d'amitié, donna sa démission par esprit de solidarité.

Le renvoi du préfet Chiappe eut un très mauvais effet auprès de la puissante Union Nationale des Combattants qui se sentit trahie par le Président du Conseil auquel elle venait d’accorder sa confiance en renonçant à la manifestation du 4 février.

Jean Chiappe s’empresse alors de faire publier sa lettre de démission dans la presse. Il y écrit : « La seule idée d’être le successeur du maréchal Lyautey me remplirait de fierté, de confusion et d’angoisse. Mais, dans les circonstances actuelles, je ne peux pas quitter mon poste. Quand certains crient : « Mort à Chiappe ! », Chiappe ne part pas à Rabat. Mon honneur me retient à Paris. »

Cette mesure du 3 février provoque une vive émotion dans Paris. Deux ministres, François Piétri (Ministre des finances des Républicains de gauche) et Jean Fabry (Ministre de la Défense nationale du Centre républicain) démissionnent le 4 février estimant que cette mesure a été prise sans motif sérieux.

Les élus de la Ville, conseillers municipaux et députés, ne peuvent croire qu’il soit trop tardpour persuader le Président du Conseil que les conséquences de son geste peuvent être dramatiques. Ils ont avec lui une entrevue et l’adjurent de rendre d’un mot la paix à Paris. Rien n’y fait !

La tension ne descendra plus jusqu’au 6 février. Le 5, les Croix de Feu font une démonstrationdevant la place Beauvau où campe Eugène Frot, ministre socialiste de l’Intérieur. Dans la bagarre qui s’en suit, la hampe de leur drapeau est brisée. Des heurts violents se produisent. Un officier de réserve demande avec insistance à un capitaine de la Garde de le laisser passer avec ses camarades. Le capitaine lui répond d’une voix presque implorante : « Je vous en prie, n’insistez pas. Nous avons des ordres impitoyables... »

L’émeute qui suivra le 6 février n’a pas directement été provoquée par Jean Chiappe, mais son éviction brutale assortie du manque d’expérience de son successeur contribua à la rendre dramatique. Rappelons qu'il y eut 14 morts (Dont 6 de l’UNC) et 236 blessés.

Clemenceau fondateur de l'Association nationale des anciens combattants

Clemenceau fondateur de l'Association nationale des anciens combattants

Qui étaient vraiment ceux qui ont appelé à manifester le 6 février 1934 ?

Juste quelques jours avant le 6 février 1934, la Gauche socialiste et communiste commençaient à crier au coup d'état contre la République. Dès le 7 février, avec la complicité du ministre de l'intérieur radical-socialiste, cette gauche révolutionnaire et internationaliste commencera à créer le mythe du coup d'état fomenté par l'extrême droite nationaliste.

Tout démontre, que les mois qui ont précédés ce début février a été une période de montée d'un mécontentement généralisé contre les gouvernements radicaux et radicaux-socialistes qui se succédaient rapidement. Le départ du préfet Jean Chiappe fut la goutte qui fit déborder le vase. Les mécontents se rassemblèrent derrière les associations d'anciens combattants qui amenèrent le gros des troupes.

Cette page dresse le tableau des participants à ces manifestations (il y eut plusieurs manifestations à des heures différentes et en des endroits différents) et montre qu'on est loin des fameuses "ligues d'extrême droite" voulant pénétrer dans le parlement, mais plutôt d'un vaste mouvement populaire excédé par la hausse des impôts et l'inefficacité des cabinets radicaux-socialistes.

De nombreux mouvements appellent à manifester le 6 février à commencer par les associations d’anciens combattants. Elles amèneront l’essentiel des troupes des groupes constitués :

  1. L’Union Nationale des Combattants avec le slogan « Pour ne pas être complice des marchands de bulletins » ;
  2. Croix de feu : « le but que nous poursuivons est de mettre fin à la dictature de l’influence des socialistes et d’appeler au pouvoir une équipe propre, débarrassée des politiciens quels qu’ils soient et n’ayant que pour objet le rétablissement de l’ordre national dans la sécurité extérieure » ;
  3. Le parti communiste appelle lui aussi à cette manifestation, par le biais de son organisation d’anciens combattants, l’ARAC : « Aux usines, aux chantiers, dans les gares, manifestez contre les bandes fascistes, contre le gouvernement qui les développe, et contre la social-démocratie qui, par sa division de la classe ouvrière, s’efforce de l’affaiblir »

L'UNC et l'ARAC existent toujours et non jamais été dissoutes, les Croix de feu seront dissoutes seulement en 1936!

La Fédération des contribuables, association non politique, s’associe au mouvement. Fondée en 1928 par l’expert-comptable Marcel Large, elle reprend les idées de la droite libérale sans remettre en cause la contribution des citoyens aux dépenses de l’Etat. Les statuts originels de cette fédération résume bien l’action des Contribuables associés : Il s’agit en premier lieu « d’instruire l’opinion », et d’autre part d’ « organiser son action en vue d’introduire dans la gestion des deniers publics [...] toutes les économies, toutes les améliorations, et la suppression des abus existants, avec le souci d’augmenter le rendement des services administratifs ». De plus, elle milite pour une « plus équitable répartition de l’impôt et l’élaboration de textes simplifiés et clairs évitant l’injustice et l’arbitraire ».

Cette association existe toujours et n'a jamais été dissoute !

L’Action Française (AF) : à sa création en 1898 mouvement qui se proclame républicain et athée, Charles Maurras va le transformer en mouvement néo-royaliste (Néo car les maurrassiens se veulent royalistes de raison et non de tradition). Avec la création du quotidien « L’action française » et l’arrivée de nouveaux venus de grands talents, l’AF devient à la fois un mouvement politique et une école de pensée. Dès 1930, paraissent dans l’Action française les premiers articles signalant les dangers du nazisme (le 14 septembre, les élections donnent 6.5 millions de voix au Parti national-socialiste des travailleurs allemands) ; les articles redoubleront avec l’arrivée de Hitler au pouvoir fin janvier 1933. Formidable lucidité de l’Action française qui contraste avec l’angélisme au nom du pacifisme dont feront preuve, durant de nombreuses années encore, à l’égard d’Hitler, les dirigeants français de Gauche !

Le Francisme : créé le 29 septembre 1933 par Bucard, ce mouvement marginal aux effectifs réduits en 1934 est le seul mouvement français a revendiquer, de sa création à sa dissolution le 18 août 1944, le qualificatif de « Fascisme français ». Paul Giraud en sera le doctrinaire. Dissous par le Front Populaire, il continuera son action sous le nom des « Amis du Francisme », puis « Parti unitaire français d’action socialiste nationale ».

Rappelons ce qu’est une ligue. C’est une association en vue de défendre des intérêts communs. Péjorativement, c’est une association en vue de fomenter un complot. C’est dans ce sens péjoratif que la Gauche réunie traitera tous les participants (qui ne sont pas de gauche) à la manifestation du 6 février 1934.

Jeunesses patriotes : Créée par Pierre Taittinger en 1924 alors qu’il était député de la Seine et inscrit au groupe « Union démocratique républicaine », ce mouvement fut une des organisations de l’époque destinées à contrer les communistes auxquels elle s’opposa souvent. Le projet de constitution élaboré par la ligue des jeunesses patriotes prévoit l'élection du Président de la République au suffrage universel, le recours au referendum et la division de la France en provinces. Organisation démocratique, ce groupe de pression (Définition d’une ligue) a toujours milité pour un changement de constitution « légal si possible » (déposition de Pierre Taittinger devant la commission d'enquête sur les événements du 6 février 1934).

Solidarité française : Fondé en juin 1933 par le richissime parfumeur Corse et « Père de la parfumerie moderne », François Coty. Ce magnat de la presse, commença par créer le journal l’Ami du peuple (dont le premier numéro sort le 2 mai 1928), avant de fonder un éphémère parti politique clairement antisémite en juin 1933 (après l’accession au pouvoir d’Hitler) : Solidarité nationale.

Qualifier ce parti de fasciste n’est pas vraiment fondé ! Certainement François Coty a-t-il nourri quelque vague rêve de dictature. Mais, de caractère faible, atteint de paranoïa et de mégalomanie, l’homme n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Les royalistes de l’action française ricaneront de cet apprenti dictateur posant en uniforme dans son journal et le traiteront avec mépris ("Un crétin juché sur un tas d’or", écrira Lucien Daudet).

Certes, le journal l’Ami du peuple est le plus xénophobe des journaux (400 articles sur les étrangers publiés entre 1928 et 1937) et il est le premier à relancer l’antisémitisme qui avait disparu de l’ensemble de la presse depuis la fin de l’affaire Dreyfus (En 1931-1932, il n’existe pratiquement plus aucun mouvement ou journal spécifiquement antisémite en France). En février 1932, l’Ami du peuple lancera la campagne contre Jacob Schiff et la « Finance judéo-germano-américaine, complice des soviets » et ouvrira la porte à l’antisémitisme des années 1930. Une cinquantaine de journaux de province aux mains de François Coty reprendront cette affaire. C’est par l’emprise sur la presse de François Coty qu’il faut voir un réel groupe de pression très influant jusqu’au élections de 1932.

Après les élections d’avril – mai 1932, François Coty se ralliera à Edouard Herriot (Président du Conseil Radical-socialiste à partir du 2 juin), contre toute attente… avant de fonder Solidarité française en juin 1933, amputé de l’Ami du peuple que François Coty a dû cédé en janvier 1934.

Solidarité française participera aux manifestations du 6 février 1934 et sera dissout en 1936.

« Le 6 février, place de la Concorde, il y avait des réactionnaires, des fascistes, des petites troupes organisées et courageuses, oui ; mais il y avait aussi une foule énorme de braves gens qui n’avaient pas d’opinion politique mais qui, par contre, avaient des sujets de mécontentement et de colère. Il y avait même des radicaux et des socialistes et s’ils manifestaient c’était contre les saligauds qui déshonorent la République. » Ce témoignage émane de M. Marcel Déat et concorde décidément assez mal avec la version officielle que l’immense majorité des gens de gauche a tenté d’imposer à l’histoire. Une agitation, une effervescence, un mécontentement, une colère. (Paragraphe tiré du livre de Philippe Henriot « 6 février »)

Philippe Henriot dans son livre « 6 février » cite deux organisations étudiantes : les Phalanges universitaires et le Front universitaire.

Dans un appel diffusé par voie d’affiche, le Front universitaire appel à manifester boulevard Saint-Michel, mardi 6 Février, à 18 heures 30. On peut lire sur son affiche :

« Étudiants, en dehors et au-dessus des partis, indépendants de toutes les organisations de droite ou de gauche, nous venons faire appel à ceux de nos camarades qui se sont toujours refusés, comme nous-mêmes à faire de la politique. La France est en péril. Demain, les organisations révolutionnaires essaieront de s’emparer du pouvoir et livreront sans défense notre pays à l’envahisseur. »

De son côté, les Phalanges universitaires placardent les murs de Paris de ces termes :

« Étudiants ! C’est le coup d’État de gauche... Pour demain, la dictature la plus odieuse qui soit : la dictature des politiciens ! La dictature des francs-maçons ! Au moment où les révolutionnaires communistes décident de « tenter le coup », on leur prépare les complaisances policières... Le gouvernement sectaire se moque du pays... Gouvernement de voleurs, de traîtres ! La France ne veut plus de ces hommes qui la trompent, qui l’exploitent, qui la vendent ! »

N'oublions pas que la révolution bolchevique de 1917, en instituant comme mode de gouvernement la guerre civile prôné par Lénine, a marqué les esprits de tout ceux qui ne partagent pas les idées socialistes internationalistes !

Les journaux de gauche n’ont pas été en reste. Tout le mois de janvier, ils ne cesseront de publier des appels à la révolte. Philippe Henriot dans son livre « 6 février » écrit : « Ah ! Si l’affaire n’eût fini tragiquement, comme on rirait ! Eh quoi ! Ces Messieurs de l’Humanité, ces Messieurs du Populaire, ces Messieurs de la République, ont donc oublié leur propre littérature ? »

Le populaire est l’organe officiel du parti socialiste SFIO. L’Humanité est l’organe central du Parti communiste.

Philippe Henriot rapporte que le Populaire lança sa « fameuse » édition spéciale dont un paragraphe avait un titre très éloquent : « Les ordres de mobilisation ».

Avant de conclure : « Doucement, ô ineffable Populaire ! Des ordres de mobilisation, combien en avez- vous publiés ? Des appels à l’insurrection, combien en avez-vous lancés ? Et vos syndicats de fonctionnaires, et vos ligues des droits de l’homme, et vos objecteurs de conscience ! »

Le numéro spécial du Populaire a disparu des archives… le numéro de l’Humanité appelant son organisation d’anciens combattants à participer à la manifestation aussi !

Participeront également un certain nombre de conseillers municipaux de Paris ceints de leur écharpe.

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