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Petite histoire de la découverte des fossiles, la paléontologie

L'origine des fossiles a longtemps été un sujet d'interrogation qui n'a été résolu que vers le milieu du XVIIe siècles.

Voltaire préférait croire que les coquilles fossiles trouvées dans les Pyrénées avaient été perdues par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle ; la tradition voulant que tout pèlerin porte sur son chapeau une coquille saint Jacques comme signe distinctif. Il refusait d’admettre que ces coquillages avaient vécu dans les mers occupant autrefois cette région.

Pourtant, la science de son temps n'en était plus là depuis longtemps!

Xanthus (environ 500 ans av. J.C.), rapporté par Strabon, était déjà persuadé que l’endroit fort éloigné de mers où il avait trouvé des différents coquillages pétrifiés avait été autrefois une mer. Un peu plus tard, le philosophe grec Empédocle (vers 490 – vers 435), ayant trouvé en Sicile des os d’hippopotame fossilisés, considérait qu’il s’agissait de restes de géants disparus.

Albert le Grand (vers 1193 – 1280), théologien Dominicain et enseignant à l’Université de Paris, y enseigne le déplacement des mers et l’origine naturelle des fossiles. Il affirme que des restes de plantes ou d’animaux peuvent être pétrifiés sous l’action d’agents chimiques.

Le prêtre et philosophe, Jean Buridan (vers 1295 – vers 1358), professe à la faculté des arts de Paris des idées d’une surprenante audace. Pour lui, la Terre solide est dissymétrique : l’hémisphère terrestre est peu à peu érodé, donc allégé ; pour rétablir l’équilibre, ce côté de la Terre se soulève tandis que l’autre hémisphère, océanique, alourdi de sédiments s’enfonce par rapport à la Terre immuable des eaux ; de plus, sur une très longue durée, la mer et la Terre se déplacent avec une grande lenteur autour du globe. Les idées de Jean Buridan se retrouveront dans les théories actuelles de la tectonique des plaques et de la dérive des continents. Dans les universités sous tutelle de l'Eglise catholique, on y parle ni du Déluge ni des temps bibliques !

Parler de l’obscurantisme du Moyen-âge est peu fondé. L’enseignement de Jean Buridan sera repris par le mathématicien et géologue allemand Albert de Saxe (1316 – 1390) qui proposa une conception de la Terre qui conduisit à celle des géosynclinaux (Vaste dépression en bordure de mer où se déposent des sédiments et qu'un mouvement terrestre plissera pour former une chaîne de montagne).

De 1350 à 1480, les connaissances sur ce sujet stagnent. Les thèses liées au Déluge ou à la génération spontanée tentent d’expliquer l’origine des fossiles. Elles sont couramment admises. Ainsi va la science, d'avancées en reculs !

Il est historiquement erroné de croire que l’Eglise catholique interdisait de voir dans les fossiles des anciens êtres marins, ou qu’elle imposait leur explication par le déluge. L’enseignement de Jean Buridan, avec ses thèses audacieuses pour l’époque, au sein même de l’université de Paris est là pour le démontrer.

Leonard de Vinci (1452 – 1519), reprenant les idées de Jean Buridan au travers d’Albert de Saxe, affirme que les coquilles fossilisées vivaient dans un lieu que la mer occupait autrefois. Il réfute les croyances de son temps avec ironie.

Bernard Palissy (1510 – 1590), simple potier ne savant ni le grec ni le latin, réfuta le rôle géologique du Déluge au point de refuser de croire à tout ancien séjour des mers sur nos terres. Toutefois, il reconnaît dans les collections de fossiles qui se constituent des formes tropicales et d’autres qui ont disparu.

Cette époque de la Renaissance italienne n’amena rien de nouveau depuis les thèses de Jean Buridan. Elle se contenta de réaliser des collections et de publier de magnifiques livres sans grandes valeurs scientifiques.

Le XVIIe siècle voit apparaître de nouvelles cosmogonies. Celle de René Descartes (1596 – 1650), publiée en 1644 dans ses Principia philosophiae, décrit avec audace la genèse de la Terre : au cours de celle-ci, des couches successives se constituent ; la croûte terrestre est séparée des autres couches par de l’air et de l’eau ; logiquement cela conduit à une effondrement généralisé qui explique la formation de la croûte terrestre actuelle avec ses mers et ses montagnes inclinées. Descartes est loin des hypothèses de Jean Buridan qui voyait une évolution continue de la croûte terrestre et une dérive des continents ! Pour lui, la configuration actuelle de la Terre est née des hasards d’une catastrophe. Toutefois, il émettra l’hypothèse nouvelle que la Terre est un ancien astre éteint qui possède un noyau en matière de feu sans action sur les couches externes. Ces travaux sont loin de suivre sa célèbre méthode !

Le Mundus subterraneus, paru en 1665, du père jésuite Athanasius Kircher (1602 – 1680), propose une autre théorie de la formation de la Terre : le feu central de la Terre communique au travers de poches aux volcans ; des réservoirs d’eau profonde sont reliés par des canaux qui relient certaines mers entre elles et alimentent en eau dessalée les sources des montagnes.

Cette très vieille théorie datant des grecs fut remise en cause en 1674 par Pierre Perrault (1611 – 1680). Il démontra que les eaux de pluie étaient suffisantes pour expliquer les sources.

Le XVIIe siècle verra des avancées importante dans l’étude de la Terre avec le danois Nicolas Stenom (1638 – 1687), le père de la stratigraphie, et l’anglais Robert Hooke (1635 – 1703), créateur de l’anatomie comparée des végétaux fossiles ou vivants. De son côté, Wilhelm Gottfried Leibniz (1646 – 1716) écrit dans son livre « Protogée » : « Dans des temps très reculés, les mers qui nous avoisinent ont eu des animaux et des coquillages qu’on n’y trouve plus aujourd’hui [...] Dans les grands changement que le globe a subis, un grand nombre de formes animales ont été transformées. »

Malgré les avancées de la science, Voltaire préfère se ranger du côté des obscurantistes qui voient dans les fossiles de simples jeux de la nature et qui y trouvent des vertus cachées : les « archées » (nom donné par les alchimistes au feu de la terre) et les « raisons séminales » qui offrent une explication à la génération spontanée. Malgré les progrès de la science, se basant sur des raisonnements de la « saine physique », il croira jusqu’à sa mort que les fossiles du Mont Cenis tombèrent du manteau de pèlerins de Syrie et que les poissons pétrifiés sont les restes de leur repas.

Pourtant, soucieux de baser la connaissance scientifique sur des faits d’expérience, un de ses contemporains, Georges Louis Leclerc comte de Buffon (1707 – 1788) dissipa par ses travaux toutes les obscurités sur ce sujet. Dans son livre « Histoire et théorie de la Terre », paru en 1749, il affirme l’origine animale ou végétale des fossiles et l’origine végétale du charbon de terre. Il essaya de dater l’origine de la terre. Il émis l’hypothèse de l’action physico-chimique de l’eau. Ainsi, dès 1749, il attribut à l’eau la formation de tout le relief terrestre : le relief original, une fois le globe terrestre solidifié, a été dissous par l’eau. Celle-ci a nourri les animaux à coquille, puis transporté et déposant leurs débris et les produits de l’érosion. Il émis l’hypothèse que « Il y a eu des espèces perdues, c’est-à-dire des animaux qui ont autrefois existés et qui n’existent plus ».

Georges Louis Leclerc comte de Buffon n’était pas un savant méconnu à l’époque où Voltaire vivait (Voltaire est mort en 1778) : dès 1734 il rentre à l’Académie des sciences ; en 1753 il est membre de l’Académie française (où il a certainement croisé Voltaire !!) et de toutes les académies européennes.

En plein siècle des Lumières, le citoyen François Marie Arouet dit Voltaire était dans le camp des obscurantistes. Il collabora pourtant à la rédaction de l’Encyclopédie « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers » de D’Alembert et Diderot !

Tag(s) : #Histoire des sciences

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